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Retour sur les 20 ans de l’équitation portugaise

C’est au son de la guitare portugaise que Carlos Henrique Pereira a convié ses amis artistes, universitaires et cavaliers, dans les salons du consulat du Portugal, le 26 novembre 2014, pour rendre hommage aux écuyers Michel Henriquet et Yves Bienaimé. La chanteuse Guadalupe, accompagnée de ses musiciens, fait frissonner les invités par l’émotion de son chant en interprétant quatre fados autour du cheval, de la tauromachie et de la saudade.

Le ton est donné. Carlos Henrique Pereira s’adresse aux écuyers Michel Henriquet et Yves Bienaimé rappelant que grâce à eux, il y a tout juste 20 ans, il invitait pour la première fois en France l’Ecole Portugaise d’Art Equestre à Chantilly après des années d’isolement pour cause de peste équine. Il remercie ensuite l’Ecole Portugaise d’Art Equestre d’avoir accepté en stage pendant un an, deux élèves français au sein de la prestigieuse école et annonce que l’objectif en 2015 est de soutenir la candidature de l’équitation portugaise au patrimoine immatériel de l’Unesco sur proposition de l’Institut du Cheval et de l’Equitation Portugaise.

Michel Henriquet prend alors la parole pour raconter comment sa quête de la belle équitation classique française l’a dirigé dans les années soixante vers Lisbonne. Pendant 45 minutes, il va avec précision et émotion raconter sa rencontre avec le Maître Nuno Oliveira, chez qui pendant des années, toutes les six semaines, il va passer cinq jours dans la banlieue de Lisbonne, là où le Maître travaillait ses chevaux et enseignait avec un immense talent de pédagogue à quelques élèves : trois ambassadeurs, Dom Diogo de Bragança, Manuel Conde, le professeur de médecine Da Costa. Connu à l’époque uniquement par les éleveurs de lusitaniens et le milieu tauromachique, Michel Henriquet va toute sa vie s’attacher à faire connaître l’art de ce Maître, première « intelligence équestre » du siècle œuvrant pour une équitation latine puisant dans l’art équestre lusitanien d’essence tauromachique et aussi dans l’équitation française classique de La Guérinière ou de François Baucher. Catherine Henriquet, son épouse, présentera au Jeux Olympiques de 1992, Orphée, premier cheval ibérique à participer à une compétition de niveau mondial. Michel Henriquet nous laisse un témoignage capital de cette aventure dans son livre : 30 ans de notes et correspondances avec Maître Nuno Oliveira.

C’est alors ensuite à Yves Bienaimé de célébrer, le cheval lusitanien, seul cheval digne selon lui d’occuper les grandes écuries du Prince de Condé à Chantilly et de s’y donner en spectacle au sein du premier musée vivant du cheval en France. En passionné du patrimoine équestre et architectural, en jardinier et en écuyer, il fonde ce musée vivant dédié au cheval lusitanien, la monture des princes et des rois et réussit à transmettre à sa fille, Sophie Bienaimé, le gout du spectacle équestre.

Le Professeur Antonio Lamas prend ensuite la parole pour brosser le très ambitieux programme de restauration qu’il a initié dans le fabuleux Palais du XVIIIe siècle de Queluz, là où l’Ecole Portugaise d’Art Equestre est installée depuis 1983. La rénovation de ce site s’inscrit dans la mise en valeur du patrimoine architectural de toute la région de Sintra classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1995. Ce fabuleux programme de restauration doit être désormais financé par le développement touristique et la visite des monuments : Palais national de Pena, Palais de Monserata, château des Maures, Palais de Monserrate, Palais national de Sintra. Ce programme a permis la réfection des carrières de l’Ecole Portugaise d’Art Equestre à Queluz et la restauration d’un manège, dans le quartier de Belem en plein centre touristique de Lisbonne, avec une tribune de 400 places pour les spectateurs, à proximité du musée des carrosses, pour accueillir tout prochainement les représentations de l’école.

La conclusion revint à João Pedro Rodrigues, écuyer en chef de l’Ecole Portugaise d’Art Equestre qui expose les racines de l’équitation portugaise citant le traité du roi Dom Duarte de 1434, premier traité équestre, qui déjà fait l’apologie de la pratique de différents styles: l’équitation très mobile et chaussée court “à la gineta”, l’équitation chaussée long avec des chevaux plus lourds “à la brida”, l’équitation des éleveurs à la campagne et enfin l’équitation tauromachique. A la Renaissance, l’équitation portugaise est influencée par les académies italiennes, avec le travail aux piliers. Puis au XVIIIe siècle, la création du haras d’Alter et le traité de Manuel Carlos de Andrade illustré de 90 gravures témoignent de l’empreinte espagnole. João Pedro Rodrigues rappelle l’influence majeure de Baucher au Portugal. Avec 49 chevaux Alter et 12 cavaliers, l’Ecole Portugaise d’Art Equestre est aujourd’hui la synthèse de cet héritage, équitation à la ginete, équitation française et équitation tauromachique, digne héritière de l’enseignement de Nuno Oliveira. C’est ce patrimoine vivant que le Portugal fait perdurer. Cette année, pas moins de 2600 lusitaniens participaient à la feria de Golega!

C’est autour d’un verre de vinho verde que tous les participants et amis de Carlos Henrique Pereira se sont retrouvés en toute amitié pour admirer les oeuvres de Marie Oussedik dont la levade de François Baucher, au fusain et crayon et sanguine, dessiné sur fond de traité équestre.

Dix jours après Michel Henriquet nous a quitté, pour rejoindre le panthéon des grands écuyers Oliveira, Baucher et La Guérinière.

Vous pouvez accéder à la galerie photo de l’événement sur le tumblr de l’Institut.

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